Lettre de Johanne Durocher, 24 mai 2017


Bonjour à tous et à toutes qui appuyez la cause de Nathalie,


Il y a déjà bien longtemps que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Nathalie et de ses enfants. En janvier 2012, Nathalie a reçu la visite d’une représentante des Affaires étrangères qui lui a demandé de fermer son groupe Facebook ainsi que son site internet.  En échange, cette employée du gouvernement canadien avait promis à Nathalie qu’elle serait de retour au Canada environ 6 mois plus tard.  Nous avions accepté, mais j’avais bien dit à cette femme par courriel que j’acceptais de tout fermer, mais que je n’abandonnais pas ma fille Nathalie ainsi que (à l’époque) mes 3 petits-enfants.


Maintenant 5 ans plus tard, avec un enfant de plus, Nathalie n’est toujours pas de retour au Canada. Sa situation est toujours aussi désastreuse.  Elle vit de charité et avec l'aide de voisins, d'inconnus et de mamans de l’école de ma petite-fille Sarah qui lui remettent un peu d’argent ou de la nourriture. Évidemment, Saeed, son conjoint, celui qu’elle appelle « le monstre », est toujours aussi violent, non seulement avec elle, mais aussi avec les enfants, et surtout avec Samir le plus vieux qui est né ici au Canada.  


Il y a environ un an, Saeed était tellement en colère qu’il a violemment battu Samir et a tenté de l’étrangler. Le professeur de Samir qui a remarqué les marques dans son cou, a  porté plainte au gouvernement saoudien. En réaction à cette plainte, le gouvernement a rencontré Saeed et a exigé qu’il ne recommence pas, et a demandé à Samir de ne rien dire au gouvernement canadien.


Maintenant, Samir n’est plus seulement terrorisé par son père, mais il a aussi peur du gouvernement canadien.  La violence envers les femmes et les enfants qui sont bafoués dans leurs droits de la personne les plus élémentaires et surtout dans leur dignité, c'est une chose que ne pourrai jamais accepter et je vais toujours dénoncer.


Saeed, de son côté, refuse de travailler et vit de ce que Nathalie réussit à rapporter à la maison en dons de charité et du peu d’argent qu’elle gagne en donnant des cours d’anglais chez quelques clients. Puisque Nathalie ne possède pas d’Iqama (permis de résidence saoudien), elle ne peut pas occuper d’emploi. Mais de toute façon, pour une femme, trouver un emploi en Arabie Saoudite est très difficile et Nathalie n’a pas de formation.  Cela serait presque chose impossible.


Tout cela pour vous dire que la seule chose qui a changé est le paysage politique.  Madame Lalonde, mon alliée depuis le tout début, est décédée, Justin Trudeau a été élu et plusieurs députés ou sénateurs qui m’aidaient beaucoup ont pris leur retraite.  Aussi, fait cocasse, le gouvernement saoudien a été élu à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies pour un mandat de quatre ans. Impossible pour moi de passer cette absurdité sous silence.  Je profite donc de ce vent de changement pour relancer ma bataille afin de délivrer Nathalie et ses enfants de leur captivité.


Je viens tout juste d’envoyer un courriel à notre très honorable premier ministre Justin Trudeau, car j’aimerais le rencontrer. De plus, j’ai bientôt rendez-vous avec le député de ma circonscription.    Aussi, le comité de soutien pour Natalie est toujours actif, le comité n’ayant jamais été dissous.


Donc, dans les prochains mois, vous entendrez encore parler du dossier de Nathalie et je vais tenter de publier régulièrement des lettres pour vous donner des nouvelles, du moins quand il y aura des développements.  


Je voudrais vous remercier chaleureusement d’être encore présents après toutes ces années. Sans votre soutien, il y a déjà longtemps que la bataille pour Nathalie serait tombée dans l’oubli.  


Dans plusieurs passages de la Bible, Dieu ramène les captifs, et dans Esaie 43:5, il est écrit « Sois sans crainte , car je suis avec toi; je ramènerai de l’Orient ta descendance et je te rassemblerai de l’occident. »  Sur ce verset je m’appuie et je puise ma force pour relancer cette dure bataille avec l’aide du comité de soutien à Nathalie.


Merci à vous tous pour votre persévérance,


Johanne Durocher,

La mère de Nathalie, mais surtout la grand-mère de Samir, Abdullah, Sarah et Fowaz.